Comment l’art est-il entré dans ta vie ?
Je pourrais vous dire que j’ai toujours été fascinée par les galeries d’art, les expositions et leurs tableaux énigmatiques. Et que cette fascination m’a naturellement conduite à prendre un pinceau. Ce n’est pas tout à fait faux… Mais ce n’est pas là que tout a commencé.
En vérité, tout a vraiment commencé en 2007, lorsque je suis revenue m’installer sur mon île natale, La Réunion.
Dans mon tout nouvel appartement, une idée simple a surgi :
Et si je peignais moi-même les tableaux pour ma décoration ?
Quel a été le déclic qui t’a poussée à te lancer ?
Ce désir d’apporter une touche personnelle à mon intérieur m’a menée à pousser la porte de l’Atelier 7. Là, j’ai découvert non seulement les bases de la peinture, mais surtout le plaisir profond de créer.
« J’aime l’huile pour sa lenteur à sécher : elle me laisse le temps d’observer, de revenir, de remanier. Ce temps suspendu (…) m’offre un espace pour faire dialoguer mes émotions avec la matière, pour ajuster, explorer, affirmer. »
Mes débuts ont été faits d’exploration et de curiosité. J’empruntais à mon quotidien, à des images trouvées, à des œuvres qui me touchaient, à mes voyages. Mes premières créations, résolument figuratives, étaient des essais, des jeux de formes, de couleurs et de matières.
Je testais tout : pastel gras, pastel sec, acrylique, huile… pinceau, couteau. Chaque technique, chaque outil ouvrait une nouvelle porte vers l’inconnu. Cette période d’apprentissage a été essentielle : elle m’a appris à écouter ma main autant que mon regard.


« Chaque technique, chaque outil ouvrait une nouvelle porte vers l’inconnu. »
Ton style et tes médiums, tu les as choisis… ou ils se sont imposés à toi ?
Peu à peu, certaines techniques se sont imposées naturellement. Le pastel sec pour sa douceur et ses fondus. Et surtout, l’huile au couteau, devenue mon médium de prédilection. J’aime l’huile pour sa lenteur à sécher : elle me laisse le temps d’observer, de revenir, de remanier. Ce temps suspendu fait partie intégrante de ma démarche. Il m’offre un espace pour faire dialoguer mes émotions avec la matière, pour ajuster, explorer, affirmer.
Si tu devais présenter ton univers artistique en quelques mots, que dirais-tu ?
En 2011, la peinture a cessé d’être un simple loisir. Elle est devenue un langage. Je me suis affranchie des modèles pour me tourner vers mes ressentis, laissant les couleurs et les matières traduire mes émotions. Mes tableaux, plus spontanés et plus abstraits, laissent apparaître des formes – souvent des personnages discrets – que chacun peut interpréter à sa manière.
Peux-tu décrire ton processus créatif ?
Entre 2017 et 2023, j’ai poursuivi cette quête. Chaque toile commence par un fond abstrait, une sorte de terrain libre où je me laisse guider. Puis, au fil des gestes, apparaissent des formes inspirées par la vie, le monde, l’instant.
« Je me surprends à créer de petits personnages, que je mets en scène dans des compositions simples et poétiques. »
C’est aussi à cette période que j’ai découvert le modelage de la terre. Peu à peu, de petits personnages sont nés entre mes mains. Je les mets en scène dans des compositions simples et poétiques, prolongeant ainsi mon univers pictural dans la troisième dimension.
Dans ce processus créatif, est-ce toi qui guides l’œuvre… ou l’œuvre qui te guide ?
Je crois que c’est un dialogue permanent. Mes émotions initient le geste, mais très vite, j’ai l’impression que l’œuvre prend sa place et m’impose ses propres directions. C’est comme si elle agissait comme un miroir : elle me renvoie une émotion de moi que je ne voyais pas, ou que je n’avais pas encore conscientisée. Ce reflet inattendu m’inspire à nouveau. Cette relation vivante entre intention et imprévu donne toute sa force à mon processus créatif.
Où en es-tu aujourd’hui dans ton parcours artistique ?
Aujourd’hui, ma pratique artistique est en profonde résonance avec qui je suis. Mes œuvres récentes mêlent des fonds abstraits à l’huile et la présence de personnages stylisés, parfois énigmatiques. J’y cherche à exprimer des émotions universelles, en assumant pleinement mon geste artistique.
« Je vois mes tableaux comme des invitations : à ressentir, à projeter, à rêver.«
L’art, pour toi, c’est aussi un espace d’échange et de transmission ?
Oui, absolument. Les couleurs, les formes, les textures tissent des récits ouverts, que chacun peut s’approprier. Mon travail n’est pas une fin en soi : c’est une passerelle vers l’imaginaire des autres, un voyage intérieur et sensible que je vous propose de partager.



